Cambodgée

2019 - Ecriture

Ecriture contemporaine d’un carnet poétique Cambodgien

La poésie a été le choix dans le style de narration grâce aux rythmiques musicales, aux images associées, pour amener l’espace nécessaire aux émotions et sensations plutôt en terme d’aventure intérieure que d’évocations concrètes du Cambodge. L’idée est de faire passer le lecteur par des états, alliant le plaisir de la découverte et la joie du voyage avec la perte du carnet d’origine qui peu à peu ouvre sur la notion de perte plus large liée à l’histoire du Cambodge.

Par l’écriture de ce carnet, j’aimerai partager avec le lecteur cette ambiguïté constante vécue lors de mon voyage entre les moments de partage intense avec le peuple cambodgien, sa capacité insoupçonnable de résilience et mes questionnements permanents quant au sens de ma présence en tant qu’européenne, ma capacité à participer à la reconstruction d’un peuple qui a été traumatisé au plus profond de son âme.

L’écriture joue dans ce sens son rôle de catalyseur et pose ses mots indélébiles pour ne jamais oublier, en tout cas pour essayer de comprendre et à une échelle plus grande les tréfonds de l’âme humaine…

Extraits - avant la perte

Je défile. Maillage.

Mes pensées, mes états d’âme, mes choses à faire en France. Aiguillage.

Défilent les échoppes de caoutchouc, de pare-chocs, de fruits et légumes, d’araignées et sauterelles. Etalonnage.

Ça court, le ici et maintenant, le pourquoi du voyage, le quand et comment. Affutage.

Filent les palmiers, les maisons de poupées, sous pilotis, les vaches blanches ; refilent les hamacs occupés. Babillage.

Je couds, file-bouloche mes idées, d’avantages, de nouveaux, d’effilés, coloriage.

Je tisse mon voyage de perceptions décalage, je brode sans ne jamais magnifier l’étrange paysage, vivant, intense, brut et ensoleillé. Apanage.

Extraits - pendant la perte

Ce carnet empli de poussières savamment trainé dans sa pochette au gré des flux humains, d’eau, de soleil

Ce carnet gobant mes mots, boulimique, sauvage dont le flair me trainait encore plus loin chaque page,

Ce carnet empreint de pigments, d’odeurs, de couleurs,

Ce carnet dont j’ai osé lire l’histoire,

Le soir même de cette impudique élan,

Je l’ai perdu.

La perte. Nous y sommes.

Le voyage perdu avec lui

La connivence avec l’inconnu, mon cœur face à ce pays qui s’épanouit tel un lotus, la fragilité de ce lien sur le chemin vers la France, la fébrilité du sens de ma vie à « reprendre » après avoir été frappée par celles des Cambodgiens. La dureté de cette impuissance, je la revis, une seconde fois, avec la disparition de mon carnet.

Ce carnet disparu me souffle que s’il fallait écrire, il fallait bien le faire et dans son entièreté. Que le sens même poétique du Cambodge ne peut être perçu que si nous perdons, même petitement, sans risque vital, mais la perte reste là. Réelle et creusante. Elle nous touche et gratte toujours au même endroit jusqu’à percer chaque couche et atteindre ce qui reste de notre humanité.